Karat, la carte de crédit qui dépend de votre nombre de likes


Des start-ups développent des produits financiers sur mesure pour les créatrices et influenceurs.

Spencer Donnelly est un créateur de contenus liés au jeu vidéo sur YouTube. Sous le pseudo TheRussianBadger, il accumule près de 2,7 millions d’abonné·es sur sa chaîne, et, grâce au pourcentage obtenu sur les revenus publicitaires de la plateforme, il a pu en faire son occupation principale.

Son entreprise, The Russian Badger, gagne certaines années entre 2 et 3 millions de dollars. Pourtant, aucune banque n’a accepté de lui donner une carte de crédit lui permettant de dépenser plus de 20.000 dollars [17.700 euros] par mois: son revenu, irrégulier, provenant de multiples sources et souvent sans contrat à long terme, ne serait pas perçu comme assez stable.

Entre en scène Karat. La start-up américaine vient de lancer une carte de crédit pour influencers, dotée d’avantages spécifiques en fonction de leur secteur (le jeu vidéo, les produits de beauté, etc.).

Cette offre dispose d’une ligne de crédit de 50.000 dollars [44.400 euros] par mois, mais ce plafond peut grimper en fonction des revenus –certain·es de leurs client·es gagnent des millions de dollars par an– et, surtout, de leurs statistiques sur les réseaux sociaux. Pour placer ces limites, il a d’abord fallu mettre en place un système pour déterminer la valeur de l’influenceur.

Chiffrer l’influence

L’entreprise accepte en priorité des client·es dont le nombre d’abonnements vérifiés est d’au moins 100.000. Mais «ce n’est pas si simple»explique à Wired Will Kim, cofondateur de Karat. «Des millions d’abonnés ne signifient pas des millions de dollars.»

Par exemple, 1 million d’abonné·es sur YouTube ont davantage de crédit que 10 millions sur TikTok aux yeux de la start-up: sur YouTube, il est possible de gagner de l’argent grâce aux revenus publicitaires et aux abonnements, alors que sur TikTok, il n’existe encore aucune option directe de monétisation de ses contenus.

L’engagement est aussi un aspect critique pour évaluer le potentiel et la stabilité d’un influenceur ou d’une influenceuse: 1 million de followers avec 10% d’engagement seront plus précieux que 10 millions avec 1% d’engagement. Il est également important que l’influencer ne dépende pas, financièrement, d’une seule plateforme.

Karat n’est pas la seule entreprise qui cherche à séduire les influencers. De plus en plus d’options émergent sur le marché pour les cartes, les banques ou la comptabilité à destination des auto-entreprises.

Karat estime d’ailleurs que déjà plus d’un million de créateurs et créatrices sont des professionnelles à temps plein gagnant en moyenne 80.000 dollars [71.000 euros] par an, et le marché de l’influence, selon certaines estimations, pourrait peser 15 milliards de dollars en 2022.

Source: Korii

Le fisc souhaite «collecter en masse» les données sur Facebook et Leboncoin pour traquer les fraudeurs


Dans le cadre du projet de loi 2020, le ministère de l’Economie et des Finances souhaite expérimenter un outil de surveillance de masse des réseaux sociaux, mais aussi les plates-formes de revente et d’e-commerce.

Bercy veut systématiser sa surveillance sur les réseaux sociaux et les plates-formes d’échange pour traquer les fraudeurs. Comme le rapporte NextInpact, dans le projet de loi de finances 2020 porté par le gouvernement, l’article 57 vise à donner « la possibilité pour les administrations fiscales et douanières de collecter et exploiter les données rendues publiques sur les sites internet des réseaux sociaux et des opérateurs de plate-forme ». En clair, la douane et les impôts pourront exploiter l’ensemble des publications, photos, vidéos publiques que vous publiez sur Facebook ou Instagram… Mais aussi les petites annonces que vous affichez sur LeBonCoin, par exemple.  

« Ciblage de la fraude »

Cet outil administratif, appelé « Ciblage de la fraude et valorisation des requêtes » (CFVR) a été développé depuis 2013. Techniquement, le mécanisme s’appuie sur « des méthodes statistiques innovantes, sur des provenances de l’administration fiscale et d’autres administrations, de bases de données économiques payantes et de données en libre accès », peut-on lire dans le projet de loi. L’expérimentation durera trois ans.

Concrètement, toutes les publications des internautes pourront être passées au crible. Les douaniers et les inspecteurs pourront vérifier si les données officielles détenues sur les citoyens sont exactes. L’objectif est de confirmer que le train de vie d’un contribuable sur la Toile coïncide bien avec sa déclaration d’impôt. Les personnes susceptibles d’être suivies ne seront pas mises au courant. Mais elles auront, si elles en font la démarche, un droit d’accès aux documents détenus à leur propos. 

Les données effacées après 30 jours… ou gardées un an

Les éléments jugés dignes d’intérêt pourront être conservés pendant un an. Si les éléments sont utilisés dans le cadre d’une procédure pénale, ils seront gardés jusqu’à son terme. Les autres seront effacés après 30 jours. Le texte interdit néanmoins l’usage de la reconnaissance faciale.

Selon la procédure classique, ce programme de surveillance sera mis en application par un décret du Conseil d’Etat et soumis à un avis de la Cnil. Puis dans un délai de six mois avant la fin de l’expérimentation, un rapport sera remis au Parlement et à la Cnil, afin « d’évaluer si l’amélioration de la détection des fraudes est proportionnée à l’atteinte portée au respect de la vie privée ». 

Source: 01net.com

Facebook veut s’occuper de votre santé? Attention danger!


Les grands acteurs du numérique veulent partager vos données personnelles avec vos médecins. C’est une très mauvaise idée.

Vos habitudes sur Netflix peuvent-elles prédire la survenue d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin? Le vocabulaire religieux des messages postés sur Facebook par des internautes américain·es pourrait-il être un signe de diabète? Alexa d’Amazon est-elle capable de détecter quand vous tombez malade et vous proposer d’acheter des médicaments?

Depuis peu, toutes les grandes entreprises technologiques se lancent dans les soins de santé, avec des investissements mobilisant leurs vastes banques de données personnelles. Amazon est en train de vendre un logiciel capable de consulter les dossiers médicaux afin d’élargir les compétences d’Alexa en matière de santé et de bien-être. Google développe un logiciel de reconnaissance vocale pour aider les médecins à remplir les dossiers de leurs patient·es. Alphabet, maison mère de Google, a mis au point un partenariat entre Verily (sa branche spécialisée dans les sciences de la vie) et Walgreens pour surveiller si les malades suivent bien leurs traitements. Apple ne cesse de développer des applications de santé et de bien-être pour ses montres connectées, qui intégrent données personnelles de suivi et dossiers médicaux électroniques de ses hôpitaux partenaires. Microsoft travaille actuellement à la conception d’un logiciel d’intelligence artificielle (IA) de gestion à distance des dossiers médicaux. Même Uber et Lyft entrent dans la danse avec un service de «transport médical non urgent».

Le pari de ces entreprises? Monétiser nos traces numériques, même si elles ne sont pas directement liées à notre santé, grâce à une nouvelle approche combinant intelligence artificielle et données personnelles de consommation afin de créer une analyse personnalisée et prédictive. Sauf qu’il y a peu de chance que toutes ces données améliorent réellement notre santé. En revanche, elles pourraient aggraver notre vulnérabilité au profilage numérique, à la surveillance et à la manipulation dans l’un des domaines les plus intimes de notre existence: nos rapports avec les professionnel·les de santé.

Déterminants sociaux de santé

Avec 3.650 milliards de dollars (3 .337 milliards d’euros) dépensés en soins de santé aux États-Unis en 2018, le marché est effectivement énorme, et les promesses de gros sous des plus alléchantes. Malades et médecins ne se satisfont pas du système actuel, et les entreprises technologiques se targuent d’un avantage concurrentiel du fait qu’elles comprennent le comportement des personnes qui consomment, comme le prouvent la data qui est en leur possession. Si on suit leur raisonnement, leurs énormes banques de données personnelles seraient les seules à pouvoir révéler certaines corrélations entre comportements et santé, eu égard au temps que passent les internautes à se dévoiler sur les plateformes.

Pour les entreprises du secteur de la santé, il s’agit d’une occasion en or pour améliorer la démarche centrée «sur le patient», en prédisant des «scores de risque» individualisés pour personnaliser le parcours de soins (tout en augmentant leurs revenus et en réduisant leurs coûts). Reste que, pour les malades, les avantages qu’il y a à transmettre autant de données personnelles sont bien moins évidents.

L’influence des déterminants sociaux sur notre santé est plus importante que celle de la génétique ou des soins.

Le type de données exploitées par les entreprises technologiques –nos achats, nos goûts, ce qui nous procure du plaisir et ce qui nous fait pester– n’ont pas grand-chose à voir avec celles que les médecins et les équipes de recherche utilisent traditionnellement pour diagnostiquer les maladies. Contrairement à un taux de glycémie ou un ECG, les données issues de sites «métacliniques» comme Facebook ou Amazon concernent des déterminants sociaux de santé.

Comme les définit l’OMS, il s’agit des «circonstances dans lesquelles les individus naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent ainsi que les systèmes mis en place pour faire face à la maladie». Leur influence sur notre santé est plus importante que celle de la génétique ou des soins médicaux. Le sujet était encore peu évoqué dans les milieux médicaux ou le secteur technologique jusqu’à très récemment. Pourquoi? Parce qu’il est difficile de quantifier, par exemple, à quel point une personne peut se sentir seule, et encore plus difficile de mettre en œuvre des mesures médicales ou pharmacologiques pour l’inciter à sortir davantage de chez elle. Les déterminants sociaux ont donc été laissés aux bons soins des parentes pauvres de la médecine, à savoir la santé publique et l’action sociale.

Votre profil à la patte

Cette situation a changé après la crise financière de 2008 et l’adoption de l’Obamacare en 2010. Les hôpitaux ont désormais intérêt à se préoccuper des déterminants sociaux de santé. Par exemple, la réforme du système de santé américain voulue par Obama faisait du «soin axé sur la valeur» une nouvelle référence pour la rémunération des professionnel·les de santé, qui faisaient passer la qualité des soins (les résultats pour les patient·es) devant la quantité (ciao la tarification à l’acte). Pour être payées, les personnes qui travaillent dans ce domaine ont dû voir plus loin que leur cabinet et prendre en considération des facteurs tels que le voisinage, le niveau d’études, l’alimentation, les revenus, les discriminations et le stress des malades qui venaient les consulter pour en mesurer les effets sur leur santé.

Pour les partisans de l’assimilation des droits à la santé aux droits humains, il en allait d’une évolution prometteuse. Pour le secteur de l’analyse des données, c’était une mine d’or.

«Avec tous les consentements que vous avez à accordé, j’ai trouvé ça plutôt marrant!»

C’est là que l’intelligence artificielle et le machine learning sont entrés en piste. Les soins de santé représentent le plus gros marché pour ce secteur émergent. Des entreprises comme Jvion combinent des données sur «des milliers de facteurs socioéconomiques et comportementaux» avec le dossier médical d’un·e patient·e pour prévoir et prévenir ses maladies. Si vous avez récemment commencé à acheter des somnifères, à vous payer les services d’un·e avocat·e pour divorcer ou si vous avez reçu beaucoup de contraventions pour excès de vitesse, votre «profil de risque» en tiendra compte.

Des établissements hospitaliers comme la Mayo Clinic, l’Intermountain Healthcare ou le CHU de Cleveland payent pour avoir accès aux «technologies cognitives» de Jvion, IBM, ou encore DeepMind Health de Google qui leur promettent des «analyses prescriptives de dommages évitables», gèrent l’évolution des risques des personnes concernées et recommandent des interventions personnalisées.

«Merci @NHSDigital de nous soutenir pendant l’entraînement au management des risques cliniques. Nous vous assurons de livrer des produits sécurisés aux infirmières et aux médecins doctors using comme Streams.»

Par exemple: surveiller les personnes qui abusent de la médecine d’urgence lorsqu’elles ne sont pas à l’hôpital afin de les empêcher d’y revenir, prévenir une dépendance aux opiacés, des crises cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux, ou encore anticiper une prise en charge pour des problèmes de santé mentale.

De la nature des données collectées

Ce qui pourrait presque faire rêver. On a l’impression de soins futuristes, avec des algorithmes détectant et prévenant la survenue imminente de la maladie avant même qu’elle ne se manifeste. À ceci près que lorsque les déterminants sociaux de santé relèvent de critères comme votre origine ethnique, votre quartier ou vos antécédents financiers, ces données ne sont ni neutres ni objectives, et requièrent d’être interprétées avec doigté. Lorsque les systèmes d’intelligence artificielle et de machine learning prennent en compte l’origine ethnique, par exemple, il faudrait qu’ils sachent faire la différence entre la «race» en tant que classification médicale fallacieuse et la «discrimination raciale», un facteur tout à fait réel qui affecte la santé du fait de préjudices structurels et individuels.

Des courtiers en données comme LexisNexis et Acxiom vendent déjà aux professionnel·les de santé des données sur les déterminants sociaux, y compris des informations relatives aux casiers judiciaires, achats en ligne, programmes de fidélité, registres électoraux, etc. Bientôt, quand ils mesureront leur poids ou leur tension artérielle, les médecins américains pourront aussi savoir si les personnes concernées ont leurs habitudes dans des restaurants pas très diététiques.

Ces courtiers ont joué un rôle de premier plan dans le ciblage publicitaire qui est pratiqué sur Facebook. Il semble que le réseau social veuille désormais constituer son propre stock de déterminants sociaux de santé. Une tribune publiée en janvier dans le Journal of the American Medical Association (Jama) présente un tel projet. Avec deux de ses collaborateurs, Freddy Abnousi, cardiologue à la tête du département de Facebook consacré à la recherche médicale, y soutient que les équipes de recherche en sciences de la santé devraient accorder davantage d’attention aux déterminants sociaux collectés sur les réseaux et combiner ces informations aux dossiers médicaux des patient·es afin d’obtenir les meilleurs résultats possible.

Si les auteurs ne présentent pas explicitement leur projet comme une exploitation des données Facebook, ils conçoivent une «définition plus fine et technologiquement orientée» des déterminants sociaux de santé qui comprendrait le «nombre d’amis» ainsi que des «biomarqueurs sociaux complexes, comme la temporalité, la fréquence, le contenu, l’orientation générale des messages et le degré d’intégration aux communautés en ligne» provenant «de millions d’utilisateurs». Ils exhortent leur lectorat à imaginer la «richesse des liens susceptibles d’être analysés grâce au machine learning et autres méthodologies évolutives de “big data”», en donnant comme exemples des sujets sur lesquels Facebook travaille d’ores et déjà: la prévention du suicide, la dépendance aux opiacés et la santé cardiovasculaire.

Règles de confidentialité violées

Ce qui ne fait pas sauter de joie les défenseurs du droit à la confidentialité des données médicales. Les premières initiatives de Facebook visant à combiner données sociales et médicales sans le consentement des malades (un projet également chapeauté par Abnousi) avaient été révélées en même temps que le scandale Cambridge Analytica, ce qui avait fait très mauvaise impression auprès du public et entraîné l’arrêt du projet.

En réaction à l’article du Jama, des patient·es se sont regroupé·es pour critiquer ces projets et ont souligné la perte de confiance de plus en plus patente que les internautes ressentent vis-à-vis de la plateforme. En outre, l’amende record de la Fédération américaine du commerce (FTC) infligée à Facebook pour ses manquements en matière de respect de la vie privée –et le fait que la décision ne prévoit aucune mesure spéciale sur la protection des données médicales– n’a fait que saper davantage la crédibilité de Facebook, avant que le Centre d’information sur la vie privée électronique (Epic) ne dépose une nouvelle plainte.

Facebook n’est pas le seul géant du numérique à être sur la sellette pour vouloir s’aventurer sur ce terrain. Une plainte déposée en juin contre Google et le CHU de Chicago affirme que le centre médical aurait partagé des données identifiables provenant des dossiers médicaux électroniques de milliers de personnes hospitalisées entre 2009 et 2016. Selon la plainte, ces dossiers contiendraient des horodatages qui, combinés aux données de géolocalisation et autres auxquelles Google peut accéder, rend très facile l’identification des patient·es. En 2018, des chercheurs de Google avaient déjà fait état de ce travail, en précisant que leurs méthodes de formation de leurs algorithmes reposaient sur «l’ensemble [du dossier médical électronique], y compris les annotations en texte libre», ce qui va dans le sens de la plainte estimant que des règles de confidentialité ont été violées lorsque Google a récupéré ces dossiers.

Quand Google ou Facebook combine ses données génériques à des données médicales très sensibles, des profils médicaux numériques sont créés sans validation externe de l’exactitude des données, sans consentement des internautes ni possibilité de refuser ce fichage. Plus les entreprises technologiques seront nombreuses à s’intéresser à la santé des personnes concernées, plus ces profils numériques seront intégrés à nos dossiers médicaux, ce qui risquera d’affecter les types de soins qui nous serons proposés, les ressources auxquelles nous pourrons avoir accès et la facture que nous aurons à payer en fin de compte.

Demandez à votre médecin si vous pouvez accéder à votre profil.

Une interprétation humaine de ces profils pourrait les contextualiser de manière plus nuancée et significative, par exemple, si on y trouve des tickets de caisse de supermarché remplis d’aliments ultra-transformés achetés dans un quartier pauvre. À l’inverse, un programme d’intelligence artificielle pourrait voir dans ces données la preuve d’un mauvais respect des recommandations nutritionnelles. Ce qui entraînera l’augmentation du score de risque et ses pénalités associées.

Vous avez tout intérêt à demander à votre médecin quels types d’exploration de données et de profilage numérique sont utilisés au moment de prendre une décision thérapeutique. Demandez aussi si vous pouvez accéder à votre profil. Mais ne vous étonnez pas s’il vous demande, à son tour, comment vous avez trouvé les piments farcis au fromage que vous vous êtes fait livrer avant de lancer Diagnosis sur Netflix.

Source: Slate

Le réseau Internet est en train de se noyer


La montée du niveau de la mer met en péril les infrastructures et les centrales électriques qui constituent le réseau Internet.

Six Mile Bridge, qui mène de Marathon Key à Key West, est ce à quoi la côte sud de la Floride pourrait ressembler d’ici cent ans si le niveau de la mer monte selon les prévisions climatiques actuelles.
PHOTOGRAPHIE DE GEORGE STEINMETZ, NATIONAL GEOGRAPHIC CREATIVE

Quand Internet est coupé, la vie telle que les Français modernes se l’imaginent est comme mise sur pause. Terminé les fils d’actualité remplis de chatons et les mises à jour de statuts Facebook, finis aussi le contrôle des feux de circulation et les accès aux dossiers dématérialisés des patients dans les hôpitaux.

Un vaste réseau d’infrastructures physiques sous-tend les connexions Internet qui affectent presque tous les aspects de la vie moderne. Les câbles à fibre optique, les stations de transfert et de stockage de données et les centrales électriques forment un vaste réseau.

Des recherches récentes démontrent qu’une grande partie de ces infrastructures seront affectées par la montée du niveau de la mer dans les années à venir.

Les scientifiques ont cartographié l’infrastructure du réseau Internet aux États-Unis et l’ont superposée aux cartes montrant l’élévation du niveau de la mer. Leurs résultats sont pour le moins inquiétants : en l’espace de 15 ans, des milliers de kilomètres de câbles en fibre optique – et des centaines d’autres infrastructures essentielles – risquent d’être submergés par les flots. Et même si certaines de ces infrastructures peuvent résister à l’eau, peu d’entre elles ont été conçues pour résister à l’eau en immersion totale.

« Une grande partie de l’infrastructure existante est située juste à côté des côtes, de sorte qu’il ne faut pas beaucoup plus que quelques centimètres d’eau en plus pour qu’elle se retrouve sous l’eau », explique Paul Barford, scientifique à l’Université du Wisconsin, Madison et coauteur de l’étude. « Le réseau a été déployé il y a 20 ans, quand personne ne pensait au fait que le niveau de la mer pouvait monter. » 

« Cela va constituer un problème de taille » estime Rae Zimmerman, expert en adaptation urbaine au changement climatique au  NYU. De larges pans de l’infrastructure Internet seront bientôt « sous l’eau, à moins que l’on ne les retire très rapidement. »

UNE TOILE ENCHEVÊTRÉE

La structure physique du réseau Internet a été installée quelque peu au hasard au cours des dernières décennies quand la demande a explosé, avec des lignes souvent posées de façon opportuniste aux côtés de lignes électriques, de routes ou d’autres grandes infrastructures. Mais les sociétés de télécommunication qui possèdent ces lignes, ces compteurs électriques, ces stations de transfert de données et autres composants gardent leurs informations de localisation exactes privées.

Barford, un des auteurs de l’étude, a passé des années à la poursuite de la moindre information publique disponible sur les emplacements des dites infrastructures et a cartographié les résultats de ses recherches. Et d’après les résultats obtenus par Barford et son étudiant Ramakrishnan Durairajan, nombre d’infrastructures se trouvent près des côtes.

Quand Carol Barford, une climatologue de l’université du Wisconsin à Madison, a vu les cartes, elle a tout de suite perçu les risques. Sachant que le niveau de montée des eaux n’a cessé d’augmenter ces cent dernières années et que le climat terrestre s’est réchauffé, plusieurs régions côtières sont déjà affectées par ces changements.

Quand les trois chercheurs ont superposé la carte des infrastructures du réseau Internet et celle – prévisionnelle – de la montée des eaux, ils y ont vu des conjonctures. D’importantes parties de ces infrastructures existantes pourraient se retrouver sous l’eau d’ici 15 ans.

Des villes comme New York, Miami, et Seattle pourraient observer une montée des eaux de près de 30 centimètres à l’horizon 2030 — ce qui laisse suffisamment de temps pour repenser les politiques publiques liées aux infrastructures. Les quelques centimètres d’eau supplémentaires pourraient, selon les chercheurs, plonger près de 20 % des infrastructures Internet américaines sous l’eau.

« Les prédictions à 15 ans sont assez fermées », explique Carol Barford says. Une telle inertie entoure les sujets climatiques qu’il n’est rien que les Hommes puissent faire pour empêcher ce phénomène dans un laps de temps aussi court.

TOUT EST LIÉ

Les scientifiques, les concepteurs et les entreprises sont depuis longtemps conscients des risques que représente la montée des eaux pour les infrastructures telles que les routes, les métros, les lignes électriques. Mais jusqu’à présent, personne ne s’était intéressé de près aux conséquences qu’elle pourrait avoir sur le réseau Internet physique.

« Quand on considère combien tout est lié aujourd’hui, protéger le réseau Internet est crucial », estime Mikhail Chester, directeur du Resilient Infrastructure Laboratory à l’université d’Arizona. Même les plus petits incidents techniques peuvent avoir des conséquences désastreuses, comme par exemple perturber la signalétique aérienne.

Cette nouvelle étude « renforce l’idée selon laquelle nous devons être conscients de l’état de ces systèmes, parce que cela prendra beaucoup de temps pour les mettre à jour », continue-t-il.

Les chercheurs n’ont pas étudié les conséquences des événements climatiques à court terme comme les tempêtes ou les ouragans sur ces infrastructures, mais ont conseillé aux concepteurs de les inclure dans la conception de modèles alternatifs.

« Nous vivons dans un monde pensé pour un environnement qui n’existe plus, » indique quant à lui Rich Sorkin, co-fondateur de Jupiter Intelligence, une société qui modélise les risques induits par le climat. Accepter la réalité de notre avenir, conclut-il, est indispensable – et ce type d’études ne fait que souligner la rapidité à laquelle nous devrons nous adapter.

Source: National Geographic

Tuer la liberté d’expression en France, en Allemagne et sur Internet


En mai, la France a appelé à une surveillance accrue de Facebook par le gouvernement.

Aujourd’hui, Facebook a accepté de remettre aux juges français les données d’identification des utilisateurs français soupçonnés d’incitation à la haine sur sa plate-forme, selon le secrétaire d’État français au secteur numérique, Cédric O.

Précédemment, selon un rapport de Reuters, « Facebook s’était abstenu de communiquer les données d’identification des personnes soupçonnées de discours haineux parce qu’il n’était pas tenu de le faire en vertu des conventions juridiques franco-américaines et parce qu’il craignait que des pays dépourvus de justice indépendante puissent en abuser ». Jusqu’à présent, a noté Reuters, Facebook n’avait coopéré avec la justice française sur des questions liées à des attentats terroristes et à des actes de violence qu’en transférant les adresses IP et autres données d’identification des suspects à des juges français qui l’avaient officiellement demandé.

Aujourd’hui, cependant, le « discours de haine » – comme on l’appelle commodément « discours non conforme à l’orthodoxie politique actuelle » – semble être devenu comparable au terrorisme et aux crimes violents. Comme c’est autocratique, mais Cédric O est apparemment ravi : « C’est une énorme nouvelle, cela signifie que le processus judiciaire pourra se dérouler normalement ».

Il est fort probable que d’autres pays voudront conclure une entente semblable avec Facebook ; il semble également probable que Facebook s’y conformera. En mai, par exemple, alors que la France débattait d’une législation qui donnerait à un nouveau « régulateur indépendant » le pouvoir aux entreprises de haute technologie d’obtenir jusqu’à 4% de leur chiffre d’affaires mondial si elles ne font pas assez pour supprimer les « contenus haineux » de leur réseau, Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, a déclaré :

« J’espère qu’elle [la proposition française] pourra devenir un modèle qui pourra être utilisé dans toute l’UE ».

La France est le premier et jusqu’à présent le seul pays à avoir conclu un tel accord avec Facebook.

Le nouvel accord pourrait marquer la fin de fait de la liberté d’expression sur Facebook pour les citoyens français. L’autocensure en Europe est déjà largement répandue : une enquête récente en Allemagne a montré que deux tiers des Allemands sont « très prudents » sur les sujets dont ils discutent en public, l’islam et les migrants étant les plus tabous. Sachant qu’un simple message sur Facebook pourrait vous mener devant un juge en cour est très susceptible d’entraver de façon décisive le désir de quiconque de s’exprimer librement.

Les autorités françaises sont déjà en train de donner un exemple extrêmement public de ce qui peut arriver à ceux qui utilisent leur liberté d’expression sur Internet. Marine Le Pen, chef du Parti du Rassemblement national, a récemment été condamné à un procès et encourt une peine maximale de trois ans de prison et une amende de 75 000 euros (85 000 dollars) pour avoir diffusé des « messages violents incitant au terrorisme ou à la pornographie ou portant gravement atteinte à la dignité humaine ». En 2015, elle avait tweeté sur Twitter des images d’atrocités commises par l’ISIS en Syrie et en Irak pour montrer ce que faisait l’ISIS.

Si l’accord de Facebook avec la France est repris par d’autres pays européens, tout ce qui reste de la liberté d’expression en Europe, en particulier sur Internet, risque de se tarir rapidement.

Début juillet, l’Assemblée nationale française a adopté un projet de loi visant à réduire la propagande haineuse sur Internet. L’avant-projet de loi donne 24 heures aux plateformes de médias sociaux pour supprimer les « contenus haineux » ou risquer des amendes allant jusqu’à 4% de leurs revenus mondiaux. Le projet de loi a été renvoyé au Sénat français et pourrait devenir loi après la pause parlementaire de l’été. Si c’est le cas, la France sera le deuxième pays d’Europe après l’Allemagne à adopter une loi qui oblige directement une entreprise de médias sociaux à censurer ses utilisateurs au nom de l’État.

Début juillet également, en Allemagne, où la loi sur la censure, connue sous le nom de NetzDG, exige également que Facebook supprime les contenus dans les 24 heures, sous peine d’amendes pouvant atteindre 50 millions d’euros, l’Office fédéral de la justice a imposé une amende réglementaire de 2 millions € à Facebook « pour les renseignements incomplets fournis dans son rapport publié[la publication de son rapport de transparence pour le premier semestre 2018 requis par NetzDG] au sujet des plaintes reçues pour contenu illicite. Cela donne au grand public une image déformée à la fois de la quantité de contenus illicites et de la réponse du réseau social ».

Selon l’Office fédéral allemand de la justice, Facebook n’informe pas suffisamment ses utilisateurs de la possibilité de signaler un « contenu criminel » dans le formulaire spécifique « NetzDG reporting form » :

Facebook a mis en place deux systèmes de reporting : d’une part, ses canaux standard de retour d’information et de reporting et, d’autre part, le  » formulaire de reporting NetzDG « . Les utilisateurs qui souhaitent déposer une plainte concernant un contenu criminel en vertu de la loi sur l’application des réseaux se voient orienter vers les canaux standard, étant donné que l’existence parallèle des canaux standard et du « formulaire de rapport NetzDG » n’est pas suffisamment transparente et que le « formulaire de rapport NetzDG » est trop secret…Lorsque les réseaux sociaux offrent plus d’un canal de rapport, cela doit être rendu clair et transparent pour les utilisateurs et les plaintes reçues via ces canaux doivent être incluses dans le rapport de transparence. Après tout, les procédures de traitement des plaintes pour contenu illicite ont un impact considérable sur la transparence. »

En réponse, Facebook a dit :

« Nous voulons éliminer le discours haineux le plus rapidement et le plus efficacement possible et nous nous efforçons de le faire. Nous sommes convaincus que nos rapports publiés par NetzDG sont conformes à la loi, mais comme de nombreux critiques l’ont souligné, la loi manque de clarté. »

Bien que Facebook prétende lutter contre le discours haineux en ligne, y compris le fait d’avoir retiré des millions d’éléments de contenu terroriste de sa plateforme, selon un rapport récent du Daily Beast, 105 messages de certains des terroristes les plus notoires d’al-Qaïda sont toujours affichés sur Facebook, de même que sur YouTube.

Parmi les terroristes figurent Ibrahim Suleiman al-Rubaish, emprisonné pendant plus de cinq ans à Guantanamo Bay pour s’être entraîné avec Al-Qaïda et avoir combattu aux côtés des talibans en Afghanistan contre les États-Unis, et Anwar al-Awlaki, un terroriste né aux États-Unis, tués par des drone américains. Selon un responsable américain de la lutte contre le terrorisme, s’exprimant en septembre 2016 :

« Si vous regardez les gens qui ont commis des actes de terrorisme ou qui ont été arrêtés et que vous faites un sondage, vous constaterez que la majorité d’entre eux ont été exposés aux Awlaki. »

Awlaki prêchait et diffusait son message de djihad dans les mosquées américaines dès les années 1990. À la mosquée Masjid Ar-Ribat al-Islami de San Diego, entre 1996 et 2000, deux des futurs pirates de l’air du 11 septembre ont assisté à ses sermons. Il aurait également inspiré plusieurs autres terroristes, comme le terroriste de Fort Hood, le major Nidal Malik Hasan, avec qui il a échangé des courriels, et les frères Tsarnaev, qui ont bombardé le marathon de Boston en 2013. Apparemment, ce genre d’activité ne dérange pas Facebook : Le Daily Beast aurait trouvé les vidéos par de simples recherches en arabe en utilisant uniquement les noms des djihadistes.

Le fait que Facebook semble être « créativement » sélectif dans la façon dont il choisit de suivre ses propres règles n’est pas nouveau. Comme l’a déjà signalé le Gatestone Institute, Ahmad Qadan en Suède a collecté publiquement des fonds pour ISIS pendant deux ans. Facebook n’a supprimé les messages qu’après que le service de sécurité suédois (Säpo) ait contacté Facebook. En novembre 2017, Ahmad a été condamné à six mois de prison pour avoir utilisé Facebook pour collecter de l’argent afin de financer l’achat d’armes pour les groupes terroristes ISIS et Jabhat al-Nusra et pour avoir affiché des messages appelant à  » de graves actes de violence visant principalement ou de façon disproportionnée des civils dans le but de créer la terreur dans le public « .

En septembre 2018, les médias canadiens ont révélé qu’un chef terroriste torontois, Zakaria Amara, alors qu’il purgeait une peine d’emprisonnement à perpétuité pour avoir comploté des attentats à la bombe commis par des camions piégés par Al-Qaïda au centre-ville de Toronto, avait néanmoins une page Facebook où il avait affiché des photos et des notes sur les raisons de son appartenance au terrorisme. Ce n’est qu’après que les médias canadiens eurent contacté Facebook pour poser des questions sur le compte que Facebook a supprimé le compte d’Amara « pour avoir violé les normes de notre communauté ».

Quand Facebook — et YouTube — feront-ils de l’enlèvement du contenu mettant en vedette le terroriste Awlaki, dont l’incitation a inspiré de vrais terroristes à tuer des gens ?

Source: Zero Hedge

Traduit par: SENTINELLE SAPS

Commerce : Amazon retire de la vente des livres écrits par des personnes affirmant être sorties de l’homosexualité


La plateforme Amazon a retiré de sa vente en ligne des livres écrits par des personnes affirmant être sorties de l’homosexualité, rapporte la Christian Post dans un article daté du 9 juillet. Le site d’information cite notamment les travaux d’Anne Paulk du réseau Restored Hope et ceux du conseiller pastoral et auteur Joe Dallas.

Pour ce dernier, auteur du livre Desires in Conflict: un espoir pour les hommes qui luttent avec une identité sexuelle, «la décision d’Amazon n’est pas une surprise, car la culture d’aujourd’hui cède aux objectifs du mouvement politique LGBTQ, qui a toujours exigé le silence face à toute désapprobation de l’homosexualité», a-t-il déclaré dans un courriel adressé au Christian Post. Face à la pression de militants LGBT, Amazon avait déjà retiré de la vente les livres du psychologue catholique Joseph Nicolosi, décédé en 2017, qui proposait des thérapies réparatrices pour les homosexuels.

«Ce serait terriblement naïf de penser que cela s’arrêtera là. Tout d’abord, le mouvement LGBTQ convaincra la culture qu’il est dangereux de dire aux homosexuels qu’ils peuvent changer. Ensuite, ils convaincront que le fait d’appeler l’homosexualité comme un péché est dangereux. Enfin, le gouvernement dira aux pasteurs d’Amérique ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas dire sur ce sujet, et la culture l’approuvera», s’alarme Joe Dallas.

En réponse au retrait des livres, l’association Voice of the Voiceless, un groupe d’anciennes personnes homosexuelles, a lancé une pétition demandant à Amazon de faire marche arrière, accusant la société de «censure injuste».

Source: Evangeliques.info

Internet et manipulation: les visions glaçantes de Tristan Harris


Sommes-nous devenus de simples marionnettes? 

Ex-ingénieur chez Google, chercheur en éthique et en «persuasion humaine», l’Américain lance d’angoissantes alertes sur les méthodes des géants du net.

Pour quiconque suit l’actualité chamboulée du monde de la tech, Tristan Harris n’est pas un inconnu. Ingénieur pour Apple et Google, chez qui il a étudié en profondeur les questions de l’éthique et de la «persuasion humaine», l’Américain est désormais l’un des plus efficaces porte-voix de celles et ceux s’inquiétant des méthodes et dark patterns mis en place par les GAFAM pour manipuler les esprits.

Très présent dans le débat grandissant sur la responsabilité des géants du net envers leurs utilisateurs et utilisatrices, Harris a cofondé le Center For Humane Technology, une ONG dont l’objectif affiché est de «renverser le déclassement humain» («human downgrading», en version originale) et de «réaligner la technologie avec l’humanité».

Cette question de la manipulation généralisée des cerveaux fait actuellement l’objet d’une audition au Sénat américain, où certain·es élu·es aimeraient comprendre les choses –avant éventuellement de les reprendre en main en légiférant.

Dépendance et double numérique

Comme d’autres spécialistes de la question, Rashida Richardson (AI Now Institute), Maggie Stanphill (Google) et Stephen Wolfram (Wolfram Research), Tristan Harris a été invité à donner son avis par la commission sénatoriale.

Exemples édifiants à l’appui, il a dessiné un résumé glaçant des coulisses de notre navigation en ligne, et de la manière dont elle est influencée par des méthodes, designs et algorithmes dont nous ignorons tout lorsque nous sautons innocemment d’une page à une autre sur internet, quand nous publions un statut sur Facebook ou quand nous rafraîchissons notre fil Twitter.

«Ça commence avec le “pull to refresh” pour rafraîchir son fil d’actualité», a expliqué Harris, repris par Gizmodo, au Sénat. «Ça marche comme une machine à sous, avec des capacités d’addiction similaires à celles qui accrochent les joueurs à Las Vegas.» Shoot de dopamine après shoot de dopamine, récompense après récompense, une dépendance à l’attention que nous portent les autres, via les likes ou le nombre de followers notamment, s’installe chez les utilisateurs de réseaux sociaux.

Harris a également de nouveau présenté son effrayante théorie de «l’avatar numérique»: un double algorithmique dont chacun·e disposerait, quelque part sur les serveurs anonymes des grosses plateformes, et qui permettrait aux géants du net de nous connaître mieux que nous nous connaissons nous-mêmes, donc de manipuler nos désirs, actions et réactions.

Chaque terme d’outrage moral ajouté à un tweet augmentait le taux de retweets de 17%. Autrement dit, la polarisation de nos sociétés fait partie du business model.

TRISTAN HARRIS, LORS DE SON AUDITION DEVANT LE SÉNAT AMÉRICAIN

C’est par exemple ainsi que nous serions naturellement dirigé·es vers des contenus outrageants: ce sont ceux, expose Harris, qui provoquent le plus d’engagement, le nerf fondamental de la guerre pour l’attention. «Une étude a montré que chaque terme d’outrage moral ajouté à un tweet augmentait le taux de retweets de 17%. Autrement dit, la polarisation de nos sociétés fait partie du business model.»

Même chose pour YouTube, qui tire 70% de son trafic des recommandations que son algorithme contestable présente aux internautes –comme cela a été récemment démontré, celles-ci les poussent souvent vers des vidéos de plus en plus trash, outrageantes, conspirationnistes, créant même un terrain de jeu idéal pour les pédophiles.

Dégoûté·e, vous désirez quitter Facebook? Tristan Harris détaille la manière dont la plateforme de Mark Zuckerberg tente de vous en dissuader: elle vous demande de confirmer votre départ en faisant apparaître les visages des cinq relations qui risquent de vous manquer le plus. Le tout calculé, là encore, par un savant algorithme.

L’audition de Tristan Harris et de ses camarades devant le Sénat américain.

Les machines nous connaissent par cœur

Cette science algorithmique, comme celle de l’intelligence artificielle, progresse à grande vitesse. «Sans même avoir accès à vos données, je peux prédire de plus en plus de choses à propos de vous en utilisant l’IA», a assuré Harris à son auditoire.

«Un récent article expliquait qu’on pouvait déterminer les mêmes cinq grands traits de personnalité d’un individu que Cambridge Analytica, sans même avoir accès à vos données personnelles. Une simple étude du mouvement de votre souris et de la manière dont vous cliquez suffit.»

Sombre, volontairement anxiogène mais pas totalement irréaliste, le tableau dépeint par Tristan Harris a été suffisamment inquiétant pour faire dire à John Tester, sénateur du Montana, qu’il «sera probablement mort et enterré, et heureux de l’être, quand toute cette merde prendra toute son ampleur».

À moins bien sûr, si cela est encore possible, que les responsables politiques n’imposent des règles contraignantes aux acteurs du marché de la tech. Ou que les utilisateurs et utilisatrices, lassées de ces influences invisibles et de leurs conséquences sur leur libre arbitre, ne décident de reprendre un contrôle plus conscient de leur vie, poussant alors les géants du net à adapter leurs méthodes.

Source: Korii

La France obtient de Facebook la transmission des adresses IP des auteurs de propos haineux en ligne


Le gouvernement français le souhaitait, Facebook l’a fait : le géant va désormais fournir à la justice hexagonale les adresses IP des auteurs de propos en ligne jugés haineux. Le secrétaire d’Etat au Numérique s’est félicité d’une «énorme nouvelle».

C’est, de l’aveu de Cédric O, secrétaire d’Etat au Numérique du gouvernement Philippe, «une énorme nouvelle» : la firme américaine Facebook a en effet accepté de fournir à la justice française l’adresse IP des auteurs de propos jugés haineux sur internet. Dans une interview accordée à Reuters le 25 juin, Cédric O précise que cette décision du géant des réseaux sociaux fondé par Mark Zuckerberg en 2004 est spécifique à la France.

«Ils nous ont annoncé que […], eu égard aux discussions qu’ils ont eues avec nous, ils allaient transmettre les adresses IP pour les contenus de haine en ligne qui seraient demandées par la justice», a-t-il expliqué. Avant cette requête du gouvernement français, l’adresse IP – un numéro d’identification unique des moyens de connexion sur internet – n’était fourni par Facebook à la justice française que lorsqu’il s’agissait de dossiers relevant du terrorisme ou de la pédopornographie. «Sur les sujets haine en ligne, ils ne les donnaient pas», a rappelé le secrétaire d’Etat.

Une ligne de crête entre liberté d’expression et protection

Le calendrier de cette annonce ne doit rien au hasard. Création d’un parquet spécialisé dans la cyberhaine, contenus jugés illicites retirés sous 24 heures : la proposition de loi Avia – du nom de la député de Paris et porte-parole de La République en marche (LREM), Lætitia Avia – pour lutter contre la haine en ligne doit être débattue à l’Assemblée nationale à compter du 3 juillet.

Une thématique chère à la macronie. Le garde des Sceaux, Nicole Belloubet, va en effet constituer un groupe d’experts pour lancer «une réflexion approfondie sur la liberté d’expression sur les réseaux sociaux». Ce même jour, Cédric O partageait sur RTL son analyse de la difficile quête de «la ligne de crête entre liberté d’expression et protection». «Aujourd’hui, il y a des contenus noirs ou blancs, des insultes caractérisées. Sur certains qui sont gris, c’est-à-dire qui nécessitent interprétation, on fera en sorte de mettre en place un groupe de travail entre les plateformes, la justice et l’administration qui donnera des indications», poursuivait-il. Tout un programme.

Source: RT France

Libra : tout ce qu’il faut savoir sur la cryptomonnaie de Facebook


Lancée en 2020, elle permettra de transférer de l’argent avec Facebook Messenger ou WhatsApp, et d’effectuer des achats sur différentes plates-formes.

Le logo du libra, la monnaie lancée par Facebook.

Facebook a annoncé officiellement, mardi 18 juin, le lancement, prévu d’ici à la mi-2020, d’une cryptomonnaie baptisée libra. Mode d’emploi.

Une crypto quoi ?

Monnaie. On parle ici d’argent électronique, de monnaies qui ne sont pas adossées à des Etats ou à des banques centrales, et qui fonctionnent de manière décentralisée grâce à des technologies numériques.

Le bitcoin, né en 2009, est la première cryptomonnaie à avoir été lancée, et c’est aujourd’hui la plus connue. Les cryptomonnaies se sont, depuis, multipliées et ont provoqué nombre de débats et d’interrogations sur leurs modèles de fonctionnement, reposant sur la technologie « blockchain » (stockage et de transmission d’informations), et leurs conséquences. Ayant généré beaucoup de pertes en plus de gros profits, les cryptomonnaies sont potentiellement de nature à changer fondamentalement les règles de la circulation monétaire.

En annonçant les contours de sa propre cryptomonnaie, le libra, en association avec une vingtaine d’entreprises internationales pour en gérer la stabilité et la gouvernance, Facebook fait une entrée remarquée dans le secteur. Le projet a été géré, chez Facebook, par David Marcus, connu pour avoir dirigé PayPal.

Des libras, pour quoi faire ?

Concrètement, lorsque la monnaie de Facebook sera lancée, il sera possible d’acheter des libras en ligne avec tout type de devise. Mais aussi en liquide, dans des points de vente physiques. On ne sait pas encore combien coûtera un libra.

Avec cette monnaie, Facebook veut permettre à ses utilisateurs de transférer de l’argent à quelqu’un avec un smartphone « aussi facilement et instantanément que quand vous envoyez un message », peut-on lire dans un communiqué. C’est-à-dire avec peu ou pas de frais de transfert, quel que soit l’endroit où vivra la personne.

Les internautes pourront aussi se servir des libras pour acheter des biens et des services, sur des sites de commerce en ligne ou des applications par exemple. Le projet libra impliquant déjà des entreprises comme Uber, eBay, Spotify ou Booking, on peut aisément imaginer qu’il sera possible d’utiliser cette monnaie sur leurs plates-formes respectives.

« Au fil du temps, nous espérons ajouter d’autres services pour les gens et les entreprises, comme payer des factures en appuyant sur un bouton, régler un café en scannant un code, ou prendre les transports en commun sans avoir de liquide ou de titre de transport sur soi », explique Facebook.

Toutes ces opérations pourront se faire dans un premier temps grâce à une filiale et son application de paiement propre que va lancer Facebook : Calibra (qui devrait ressembler à Apple Pay ou Google Pay). Mais Facebook prévoit aussi d’intégrer le versement ou le paiement en libras directement dans ses applications Messenger et WhatsApp.

Les premières images de Calibra. L’application permettra de transférer des libras. Facebook

Qu’est-ce que cela apporte de plus que les moyens de paiement existants ?

Facebook souligne que les transactions seront instantanées et peu coûteuses, à l’inverse des systèmes actuels de transfert d’argent. Qui plus est, le libra sera accessible à des personnes ne disposant pas de compte bancaire. Facebook insiste fortement sur ce point, laissant entendre qu’il s’agit du premier public visé : « La moitié des adultes dans le monde n’ont pas de compte bancaire », précise l’entreprise, qui ajoute que cette proportion est plus forte dans les pays en voie de développement, et concerne principalement les femmes. Un « défi » que souhaite relever Facebook avec le libra – et une opportunité de communiquer sur l’apport « positif » de ce projet.

La force de frappe du libra repose aussi sur sa facilité d’usage annoncée, à travers des applications à l’usage extrêmement développé dans le monde : la « famille » d’applications appartenant à Facebook compte plus de 2 milliards d’utilisateurs actifs chaque jour.

Cette cryptomonnaie sera-t-elle aussi volatile que le bitcoin ?

En théorie non, car contrairement au bitcoin, le libra sera adossé à une réserve de monnaies et de valeurs relativement stables, comme des dollars et des euros. Cette « réserve libra », qui jouera en quelque sorte le rôle d’une banque centrale, sera gérée par la Libra Association. « Cette approche est similaire à la façon dont ont été introduites d’autres monnaies par le passé, explique le communiqué de la Libra Association. Pour qu’une nouvelle monnaie inspire confiance et soit adoptée, il fallait garantir que les billets émis puissent être échangés contre de vrais actifs, comme l’or. Bien que le libra ne soit pas adossé à l’or, il sera échangeable contre une collection d’actifs à faible volatilité. »

Quel sera le rôle exact de Facebook dans sa gestion ?

Sachant sa confiance fortement écornée par les scandales de 2018, Cambridge Analytica en tête, Facebook a pris des précautions pour rassurer. Si l’initiative vient de l’entreprise de Mark Zuckerberg, qui entend garder la main jusqu’au lancement de la monnaie, en 2020, c’est un organisme à part qui sera chargé de la gérer, la Libra Association.

Cette organisation à but non lucratif, basée à Genève, rassemble aujourd’hui vingt-huit membres, parmi lesquels des entreprises comme Mastercard, Visa, PayPal, Uber, Booking, eBay, Vodafone ou encore Iliad (dont le patron, Xavier Niel, est actionnaire du Monde). Facebook en fait partie, par l’intermédiaire de sa filiale Calibra, créée pour l’occasion. Et promet qu’elle ne sera qu’un membre comme un autre de la Libra Association, sans davantage de pouvoir. D’ici au lancement du libra, l’organisme espère regrouper une centaine de membres, dont des centres de recherche et des organisations non gouvernmentales.

Encore de nouvelles données à récolter pour Facebook ?

Calibra a été créé « pour s’assurer que les données sociales et financières soient séparées », peut-on lire dans le communiqué. Calibra « ne partagera pas d’information sur les comptes, ou d’informations financières, avec Facebook ou avec de tierces parties, sans le consentement de l’utilisateur », assure l’entreprise. « A part dans certains cas limités, évoque toutefois Facebook, pour assurer la sécurité des utilisateurs, nous plier à la loi, ou apporter des fonctionnalités basiques aux utilisateurs de Calibra. »

Mais l’entreprise promet que les données de Calibra ne seront pas utilisées pour mieux cibler les publicités sur Facebook et autres applications du groupe – ciblage sur lequel repose aujourd’hui le modèle économique de Facebook.

Source: Le Monde

La fin de l’Internet tel que nous le connaissons


Faites attention à ce que vous écrivez sur Twitter.

Nous entrons dans les années du crépuscule de l’Internet gratuit. Un Internet où tout le monde peut poster n’importe quoi, et où n’importe qui peut le trouver et le lire. L’existence continue de cette liberté en ligne (et tout le bien, le mauvais et l’affreux qu’elle produit) fait face à un éventail de menaces.

Les grandes entreprises qui choisissent ce que la plupart des gens lisent expulsent plus d’utilisateurs hors de leurs sites. La liberté que donne l’Internet devient une liberté pour ces grandes entreprises de nous espionner. Mais l’une des plus grandes menaces de l’Internet vient des gouvernements.

Les gouvernements autoritaires ont toujours essayé de contrôler ce que les gens disent. Si les individus peuvent planifier et s’organiser librement, ils peuvent planifier de renverser le gouvernement. Les dictateurs ont aussi tendance à contrôler la presse. Mais c’est bien moins efficace si les citoyens peuvent aller en ligne pour trouver la vérité.

Il y a longtemps que le soleil s’est couché sur la liberté de l’Internet en Chine, et la Chine tente maintenant de contrôler des pièces cruciales de l’infrastructure de l’Internet bien au-delà de ses frontières. Au début de mai, le gouvernement russe a adopté une nouvelle loi qui va resserrer la liberté de l’Internet là-bas. L’Union Européenne se sert de son pouvoir comme une arme pour réglementer l’Internet. La fin de l’Internet tel que nous le connaissons approche.

Le grand pare-feu

Près d’un milliard de personnes utilisent l’Internet en Chine, mais leur Internet n’est pas notre Internet. Le gouvernement bloque de nombreux sites Internet. Les sites qui sont autorisés, mais qui sont basés en dehors de la Chine, téléchargent plus lentement. Et le gouvernement surveille ce à quoi vous avez accès en ligne : Google, Facebook, You Tube, Wikipedia, et notre propre site laTrompette.fr sont tous bloqués. Certaines entreprises ont des versions beaucoup plus restreintes de leurs sites disponibles. Tout cela fait partie de ce que Élizabeth Economy, membre du Conseil des relations étrangères, a appelé « l’opération de censure en ligne la plus importante et la plus sophistiquée au monde ». En 2013, des experts ont estimé que plus de 2 millions de personnes étaient employées dans la censure en ligne―en lisant et en effaçant souvent les publications sur les médias sociaux.

Les dirigeants chinois se sont montrés si efficaces à bloquer les informations qu’ils ne veulent pas que leur peuple voie, que cette compétence est devenue l’une des plus récentes exportations « fabriquées en Chine ».

« La Chine, en d’autres mots, semble lancer la première alternative concurrentielle à l’Internet ouvert―un modèle qui prolifère constamment dans le monde entier », a publié Samm Sacks, du Centre d’études stratégiques internationales, dans la revue Atlantic en 2018. « Au fur et à mesure que ce modèle se propage, que ce soit à travers les propres efforts de Pékin ou par l’attrait inhérent du modèle pour certains pays en voie de développement ayant plus de similitudes avec la Chine qu’avec l’Occident, nous ne pouvons pas prendre pour acquis que l’Internet restera un lieu de libre expression où les marchés ouverts pourront prospérer. »

« Les partenaires de la Chine comme l’Éthiopie, le Soudan et l’Égypte exercent un contrôle agressif du contenu en ligne », a écrit S. Sacks. Foreign Policy a écrit en 2018, « Partout dans l’Afrique subsaharienne, la liberté d’expression est injustement restreinte, et l’Internet est de plus en plus utilisé par les autorités pour censurer et surveiller les citoyens. » Ce sont souvent les experts chinois qui rendent cela possible. Dès 2015, la Chine a aidé la Tanzanie à créer son propre grand pare-feu Internet.

Le rideau de fer de l’Internet

Au début de mai, le président russe Vladimir Poutine a signé une nouvelle loi demandant à la Russie de développer son propre Internet. Dans ce contexte, la Russie devrait pouvoir se déconnecter complètement du World Wide Web―mais tous les sites internet en Russie continueraient à fonctionner. « La nouvelle loi procurerait un contrôle centralisé de tout le trafic Internet, et en principe, éliminerait la nécessité d’envoyer des données à des serveurs étrangers et de recevoir des données provenant de ces serveurs étrangers », a expliqué Forbes. « Ce contrôle introduirait clairement une surveillance du trafic et une censure sévère des sites qui pourraient être visités par les utilisateurs russes. »

Le gouvernement russe bloque déjà les sites internet, bien que pas tout à fait sur la même échelle que la Chine. Cependant ce que cette nouvelle loi tente de faire, est même plus ambitieux. « Aucun pays n’a jamais essayé auparavant de mettre en place sa propre architecture internet », a écrit le Time. « Même la Chine, le leader mondial quand il est question de censurer l’Internet, a construit son ‘grand pare-feu’ sur un dns [Domain Name System] mondial existant―il filtre le trafic, mais il fait toujours partie du même système mondial d’adressage. »

Parce qu’elle est si ambitieuse, la tentative de la Russie pourrait échouer. Mais Éric Schmidt, ancien PDG de Google, a prévenu que l’Internet pourrait se scinder en deux, d’ici 10 à 15 ans. Une version pourrait être libre et ouverte, et centrée sur l’Amérique. Une autre serait très restrictive et dirigée par la Chine.

Bâtir un nouvel Internet

Ces craintes reposent sur le fait que la Chine construit littéralement un nouvel Internet.

La quête de la firme chinoise Huawei pour construire un réseau Internet 5G à travers le monde est la manifestation la plus visible de cela.

L’infrastructure de l’Internet 5G (5ème génération) est une mise à niveau majeure qui transmet l’information beaucoup plus rapidement. Un téléphone mobile de 5G devrait avoir une vitesse moyenne de téléchargement de 1GBps, plus rapide que votre connexion haut de gamme actuelle par fibre optique.

Elle peut également gérer plus d’appareils connectés. Alors elle deviendra l’épine dorsale de « l’Internet des objets ». À mesure que les voitures, les routes et même les réfrigérateurs commencent à communiquer les uns avec les autres, ils le feront principalement par le réseau 5G.

Rob Stayer, le sous-secrétaire adjoint aux communications internationales et cybernétiques au département d’État des États-Unis, a dit à la bbc, « Nous pensons que les enjeux ne pourraient pas être plus élevés en ce qui concerne la technologie 5G, à cause de toutes les choses que nous construiront au cours des années à venir basées sur cette technologie. C’est vraiment une décision monumentale en train d’être prise maintenant. »

Huawei est le plus grand fabricant d’équipement de télécommunication au monde, et comme toutes les grandes entreprises chinoises, elle est contrôlée par le gouvernement chinois. L’Agence centrale de renseignement (CIA) affirme que Huawei reçoit de l’argent des services de sécurité de la Chine. En dépit de cela, elle va construire une grande partie de l’infrastructure 5G. L’Europe considère sérieusement d’utiliser Huawei. Même le Royaume-Uni a décidé d’utiliser Huawei, mais cela mettra en péril ses relations étroites avec les États-Unis.

Mais ce n’est pas le seul élément de l’infrastructure contrôlé par les Chinois. Dans le cadre de son initiative « Ceinture et Route », la Chine construit et améliore les réseaux partout en Asie centrale. Un rapport du Pentagone en janvier a averti que ce projet de « route de la soie numérique » pourrait « permettre une censure politiquement motivée ».

Huawei s’en va aussi sous les océans. Huawei Marine a travaillé sur plus de 100 projets de câbles sous-marins, devenant la quatrième plus grande entreprise de câbles sous-marins au monde. « Alors que les États-Unis lancent une campagne de grande envergure pour exclure Huawei Technologies Co. de la prochaine génération de réseaux mobiles sur des craintes d’espionnage, l’entreprise s’implante dans des réseaux de câbles sous-marins qui transportent la quasi-totalité de toutes les données internet du monde », a rapporté le Wall Street Journal en mars. Il a prévenu que des fonctionnaires américains disent que « la connaissance de la compagnie et son accès aux câbles sous-marins pourraient permettre à la Chine de connecter des dispositifs qui détournent ou surveillent le trafic―ou, en cas de conflit, rompre les liens avec des nations entières. Une telle ingérence pourrait se faire à distance… »

Le conseiller sur la sécurité nationale de la Grande-Bretagne, Mark Sedwill, a prévenu en 2017 que des attaques sur ces câbles pourraient avoir « le même effet qu’auparavant, disons pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le bombardement des quais de Londres ou la destruction d’une centrale électrique ».

La Chine, avec toute son expérience d’espionnage sur l’utilisation de l’Internet par ses 1,3 milliard de citoyens, pourrait bientôt espionner le monde entier.

Le grand canon

En mars 2015, la Chine a dévoilé une nouvelle arme―son « grand canon ». Sa première cible était les sites Web étrangers qui aidaient les internautes chinois à contourner son pare-feu. Le canon a transformé les 800 millions d’utilisateurs chinois de l’Internet en une armée. Il a pris les utilisateurs de Baidu, l’équivalent chinois de Google, et les a dirigés sur les sites internet ciblés. En peu de temps, ces sites furent inondés avec plus de trafic qu’ils ne pouvaient en gérer, et furent mis hors ligne. Dans son livre Le grand pare-feu de la Chine, James Griffiths décrit cela comme un moment crucial « quand les architectes du grand pare-feu ont tourné leur attention sur le reste du monde, refusant de tolérer les défis de leur domination d’où qu’ils venaient ».

« C’était un message », écrit Griffiths, « un nouveau front dans la guerre de la Chine sur l’Internet. »

Déjà les entreprises doivent être très prudentes sur ce qu’elles font en ligne. L’an dernier, un employé gérant le compte Twitter de Marriott International « aimait » un tweet venant d’un groupe séparatiste de Tibétains. Cela semblait une chose raisonnable à faire―le groupe avait loué Marriott d’avoir inscrit le Tibet sur la liste des pays distincts de la Chine.

Le gouvernement chinois a répondu en bloquant le site internet du Marriott et son application mobile pour une semaine. Marriott a cédé. Ils ont congédié l’employé et affiché un message de soumission.

Avec la Chine contrôlant de plus en plus l’Internet, cette action offensive continuera-t-elle ? Combien de temps cela prendra-t-il avant que les grandes entreprises cessent de présenter du contenu que la Chine désapprouve ? La Trompette est interdite en Chine―la Chine pourrait-elle commencer à cibler des sites Web comme les nôtres au-delà de ses frontières ?

Une grande famine

L’Internet a été une aide majeure pour la Trompette. Comme toutes les organisations d’informations, nous sommes confrontés à d’énormes défis. Comment vous distinguez-vous avec un message souvent impopulaire quand il y a autant d’autres contenus qui se disputent l’attention ? Mais au moins notre message est disponible et facile d’accès pour les personnes qui sont intéressées.

Ceci ne sera pas toujours le cas. La Bible avertit qu’il viendra un temps où ce message ne sera pas si facilement disponible.

« Voici, les jours viennent, dit le Seigneur, l’Éternel, où j’enverrai la famine dans le pays, non pas la disette du pain et la soif de l’eau, mais la faim et la soif d’entendre les paroles de l’Éternel » (Amos 8 : 11).

Le temps viendra où « les centaines de milliers de livres et brochures que nous imprimons et distribuons chaque année ne seront plus facilement disponibles », a expliqué Mark Saranga dans notre revue de vie chrétienne la Vision Royale. « Les millions de magazines que nous distribuons chaque année ne seront plus distribués. La Clef de David, telle que nous la connaissons aujourd’hui, ne sera plus diffusée. La voix des serviteurs de Dieu ne sera plus entendue comme elle l’est aujourd’hui (Ézéchiel 33 : 31-33). »

Cette prophétie va de pair avec certaines de nos autres prévisions importantes. La Bible nous dit que nous avançons vers une période de dirigeants autoritaires―qui ne permettront pas la liberté d’expression, sur ou hors de l’Internet.

La montée de ces dictateurs est plus visible dans les pays comme la Russie et la Chine. Et c’est la même chose avec la censure de l’Internet. Mais la scène est dressée pour que cela prenne de l’expansion. Dans notre prochain numéro de la Trompette, le rédacteur en chef, Gerald Flurry présentera un article sur la poussée de l’Europe en faveur de la censure de l’Internet―et comment il expose la nature du pouvoir qui s’élève en Europe. Une autre partie de cette tendance importante est la montée de la gauche radicale aux États-Unis et son insistance à supprimer tout ce qu’ils n’approuvent pas.

L’état de l’Internet sous les dictateurs que nous voyons aujourd’hui, nous montre à quoi ressemblera l’Internet dans cette ère de dictateurs qui approche.

Source: La Trompette