Présidentielle en Algérie: cinq candidats retenus, dont deux ex-Premiers ministres


L’autorité électorale algérienne a annoncé samedi avoir validé les dossiers de cinq candidats à la l’élection présidentielle prévue le 12 décembre, dont ceux de deux ex-Premiers ministres du président déchu Abdelaziz Bouteflika.

Au total, 23 candidats avaient déposé leur dossier en vue de participer à se scrutin destiné à trouver un successeur à M. Bouteflika forcé à la démission début 3 avril, après 20 ans au pouvoir, a précisé le président de l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie), Mohamed Charfi, lors d’une conférence de presse à Alger.

L’Anie est censée offrir des garanties de sincérité au scrutin. Désormais, le Conseil constitutionnel a sept jours pour rendre officielle la liste des candidats, après d’éventuels recours.

Trois des candidats retenus ont travaillé sous l’autorité de M. Bouteflika: Ali Benflis, directeur de cabinet à la présidence puis Premier ministre, Abdelmaldjid Tebboune, plusieurs fois ministre puis Premier ministre, et Azzedine Mihoubi, ministre.

Le quatrième candiat est Abdelkader Bengrina, ancien ministre du Tourisme (1997-1999) et ancien député d’Alger, issu d’un parti qui a soutenu M. Bouteflika. Le cinquième, Abdelaziz Belaïd, a notamment fait partie d’organisations de jeunes qui ont aussi soutenu l’ancien président.

L’élection du 12 décembre est rejetée par le mouvement de contestation inédit né fin février et sous la pression duquel M. Bouteflika a été forcé par l’armée à démissionner à deux semaines de la fin de son quatrième quinquennat. Le pouvoir a dû annuler, faute de candidats, un premier scrutin prévu le 4 juillet.

Ali Benflis, 75 ans, se présente depuis 15 ans comme le principal opposant de M. Bouteflika, dont il fut chef du gouvernement en 2000.

Limogé en 2003, il est candidat contre M. Bouteflika l’année suivante, puis en 2014. Il arrive à chaque fois deuxième, très loin derrière un président réélu avec plus de 80% des voix. Ancien secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), il a fondé le Parti Avant-garde des Libertés.

De son côté, M. Tebboune, 73 ans, a été haut fonctionnaire, puis plusieurs fois wali (préfet) avant d’être nommé ministre de la Communication de M. Bouteflika à son arrivée au pouvoir en 1999. Ce dernier le rappelle au gouvernement en 2012 et lui en confie la tête en mai 2017, avant de le limoger trois mois plus tard sur fond de lutte de clans dans son entourage. M. Tebboune se définit comme candidat « indépendant ».

Azzedine Mihoubi, 60 ans, dirige depuis quelques mois le Rassemblement national démocratique (RND), pilier de la coalition ayant soutenu M. Bouteflika durant sa présidence. Il était son ministre de la Culture jusqu’en mars.

Abdelkader Bengrina, représente El-Bina (Construction), petit parti membre d’une coalition islamiste, dont l’un des députés a été élu en septembre à la présidence de l’Assemblée nationale.

Abdelaziz Belaïd, ancien cadre du FLN, a fondé le Front El-Moustakbel, micro-parti proche du pouvoir.

Le mouvement de contestation refuse que l’élection présidentielle soit organisée par le pouvoir, aux mains d’ex-figures des 20 ans de présidence Bouteflika.

Source: Courrier International

Les Algériens de nouveau dans la rue pour dire non à la présidentielle


« Aujourd’hui, nous dénonçons particulièrement les candidatures d’Ali Benflis et Abdelmadjid Tebboune ».

Des milliers de personnes ont manifesté vendredi à Alger contre la tenue le 12 décembre d’une présidentielle, au lendemain d’une mise en garde du chef d’état-major de l’armée, contre toute « entrave » au processus électoral.

Criant « pas de vote », ou encore « dégage » à l’adresse du chef de l’Etat intérimaire Abdelkader Bensalah et le Premier ministre Noureddine Bedoui, une foule compacte a défilé pour la 32e semaine d’affilée dans les rues de la capitale, quadrillées par la police, selon un journaliste.

Depuis la démission le 2 avril du président Abdelaziz Bouteflika sous la pression de la rue et de l’armée, le mouvement de contestation refuse que le « système » en place organise la présidentielle, et réclame au préalable le départ de tous ses anciens soutiens.

Le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah a mis en garde jeudi contre tout « entrave » au processus électoral et brandi la menace de « sanction juste et rigoureuse, voire dissuasive, conformément à la loi ».

« Aujourd’hui, nous dénonçons particulièrement les candidatures d’Ali Benflis et Abdelmadjid Tebboune », deux anciens Premiers ministres ayant servi sous M. Bouteflika, lance Abderahmane Hamadaou, 57 ans.

Principal adversaire de M. Bouteflika en 2004 et 2014, dont il a été le Premier ministre entre 2000 et 2003, M. Benflis, 75 ans, a annoncé jeudi sa candidature au scrutin du 12 décembre.  

Source: i24 News

La présidentielle en Algérie fixée au 12 décembre (officiel)


Le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, ne peut être candidat selon la Constitution du pays.

L’élection présidentielle en Algérie aura lieu le 12 décembre, a annoncé dimanche soir le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, dans un discours à « la Nation », retransmis par la télévision publique.

La date annoncée coïncide avec les délais réclamés par le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, véritable homme fort du pays depuis la démission forcée du président Abdelaziz Bouteflika le 2 avril.

« J’ai décidé (…) que la date de l’élection présidentielle sera le jeudi 12 décembre 2019 », a déclaré M. Bensalah qui, selon la Constitution du pays, ne peut être candidat.

M. Bensalah, qui a signé dimanche le décret pour la convocation du corps électoral, a appelé les Algériens « à contribuer collectivement (…) le 12 décembre prochain, à l’écriture de l’histoire de leur pays et au choix de leur nouveau président ».

Le chef de l’Etat par intérim a « exhorté » les Algériens à « la mobilisation pour faire de ce rendez-vous le point de départ du processus de renouveau de la Nation ».

Le général Ahmed Gaïd Salah s’est récemment dit certain que l’élection se tiendrait rapidement. 

La présidentielle pour élire un successeur à M. Bouteflika, initialement prévue le 4 juillet, avait dû être annulée, aucun candidat ne s’étant déclaré, face à l’ampleur de la contestation qui secoue le pays depuis le 22 février.

Source: i24 News

Algérie: Il insiste sur la tenue d’une présidentielle avant d’appeler au dialogue – Gaïd Salah entretient le flou sur les intentions de l’armée


Le chef d’état-major de l’ANP entretient le flou autour des intentions de l’armée concernant la crise politique actuelle. Alors que l’impasse est totale, Ahmed Gaïd Salah donne l’impression de vouloir continuer à manœuvrer pour… imposer une feuille de route rejetée par le mouvement populaire.

Comme ce fut le cas la semaine dernière, le premier militaire du pays est revenu, cette fois-ci encore, avec deux discours, qualifiés par les observateurs de «contradictoires».

En visite depuis lundi dernier à la 5e Région militaire, il s’est «sacrifié» à ce qui est devenu, depuis le début de la révolution populaire, un rituel : donner l’avis, voire les recommandations, du haut commandement de l’armée pour une sortie de crise.

En effet, dans son premier discours, prononcé mardi dernier, le vice-ministre de la Défense a fait un virage à 180 degrés. Il ignore carrément «les solutions possibles» évoquées le 24 avril dernier et plaide pour la tenue d’«une présidentielle dans les meilleurs délais».

«Dans cette optique et dans le respect de la Constitution et des institutions de l’Etat, il nous incombe d’œuvrer à réunir les conditions idoines pour l’organisation d’une élection présidentielle le plus tôt possible, du fait qu’elle constitue la solution idéale pour sortir de la crise, faire face à toutes les menaces et tous les dangers qui guettent notre pays et déjouer les desseins hostiles visant à nous mener vers le vide constitutionnel et entraîner le pays dans les spirales de l’anarchie et la déstabilisation», lance-t-il.

Selon lui, «ce mécanisme constitutionnel permettra d’élire un président de la République ayant la légitimité et les prérogatives pour concrétiser le reste des revendications populaires légitimes et constitue la règle de base pour que notre pays reprenne le cours du développement et de l’édification».

«Dialogue avec les institutions de l’État»

Moins de 24 heures après, Ahmed Gaïd Salah prononce un nouveau discours, dont le texte est diffusé sur le site du MDN, pour prôner, cette fois-ci, le «dialogue avec les institutions de l’Etat». «(…) Je demeure entièrement convaincu qu’adopter le dialogue constructif avec les institutions de l’Etat est l’unique moyen pour sortir de la crise, étant conscient que le dialogue est l’un des moyens les plus civilisés et les plus nobles dans les relations humaines et la voie la plus judicieuse pour présenter des propositions constructives, rapprocher les points de vue et atteindre un consensus autour des solutions disponibles», précise-t-il.

Le chef d’état-major de l’ANP se félicite, dans la foulée, de «l’adhésion de nombreuses personnalités et partis à l’idée de l’importance d’adopter le principe de dialogue, qui doit aboutir à des mécanismes raisonnables de sortie de crise». «C’est là une position qui leur sera reconnue durant cette phase, où l’intérêt de la nation doit être le dénominateur commun entre toutes les parties», ajoute-t-il.

Dénonçant à nouveau «des parties aux intentions malveillantes», sans toutefois les citer, Ahmed Gaïd Salah estime aussi le peuple a accepté «ses propositions». «L’ensemble des dispositions jusque-là prises a suscité un consensus national que nous avons perçu à travers les slogans scandés lors des marches dans les différentes wilayas du pays, à l’exception de certaines parties qui rejettent toutes les initiatives proposées et œuvrent à semer les graines de la discorde en conformité avec leurs intérêts étroits et ceux de leurs commanditaires», dit-il, alors que les manifestations réclamant le départ de tout le système et de ses représentants se poursuivent dans tout le pays.

«Le MDN détient des dossiers de corruption»

«Ces parties aux intentions malveillantes ont été démasquées et dénoncées par les différentes franges du peuple, qui ont fait preuve d’une conscience nationale exceptionnelle et authentique, dans la mesure où elles ont rejeté leurs thèses visant à porter atteinte à la crédibilité et aux efforts des institutions de l’Etat à dégager et trouver des sorties de crise pacifiques», indique-t-il.

Le chef d’état-major de l’ANP est revenu aussi, dans son discours de mardi dernier, sur la justice et la lutte contre la corruption.

Alors que des juristes et des politiques mettent en garde contre toute interférence dans le travail des juges, Ahmed Gaïd Salah persiste et signe.

Après avoir annoncé que le MDN détient des «dossiers lourds de corruption», il appelle au traitement de toutes les affaires sans délai. «Nous insistons également sur la nécessité d’éviter tout retard dans le traitement de ces dossiers, sous le prétexte de révision des procédures légales, laquelle requiert beaucoup de temps, ce qui donne la possibilité à certains d’échapper à la justice», recommande Gaïd Salah.

Source: El Watan

Algérie: Abdelkader Bensalah, nouveau président par intérim, promet «un scrutin présidentiel transparent et régulier»


Il s’est engagé à organiser le scrutin sous 90 jours, comme prévu par la Constitution.

Abdelkader Bensalah au Palais des Nations à Alger, le 9 avril 2018. — RYAD KRAMDI / AFP

Le président par intérim algérien Abdelkader Bensalah s’est engagé mardi à organiser « un scrutin présidentiel transparent et régulier », dans un discours à la Nation retransmis à la télévision nationale. « Nous sommes tenus de concourir, citoyens, classe politique et institutions de l’Etat, afin de réunir les conditions, toutes les conditions, d’un scrutin présidentiel transparent et régulier, dont nous serons tous les garants, un scrutin qui permettra à notre peuple d’exercer son choix libre et souverain », a-t-il déclaré.

Abdelkader Bensalah, auparavant président du Conseil de la Nation – chambre haute du Parlement – a été nommé président par intérim mardi par les parlementaires, une semaine après la démission d’Abdelaziz Bouteflika.

Abdelkader Bensalah, considéré comme un membre du «système»

« Le tournant que va traverser notre pays débutera par une phase décisive qui consistera à remettre, constitutionnellement, les pouvoirs au Président de la République démocratiquement élu, dans un délai qui ne saurait dépasser les 90 jours à compter de la date de mon entrée en fonction en tant que Chef de l’Etat », a-t-il dit.

Alors que la réunion des parlementaires était en cours dans la matinée, des étudiants commençaient à se rassembler dans les rues d’Alger. A l’annonce de la nomination d’Abdelkader Bensalah, telle que prévue par la Constitution algérienne en sa qualité de président du Conseil de la Nation, les manifestants ont scandé « Bensalah démission ». Les Algériens, qui continuent de manifester en masse pour réclamer le départ des membres du « système », avaient clairement affiché leur refus de voir Abdelkader Bensalah, 77 ans et pur produit du régime algérien, prendre l’intérim.

Source: 20 Minutes

Dans une lettre d’« adieux », Bouteflika « demande pardon » aux Algériens


Abdelaziz Bouteflika, a adressé, ce mercredi 3 avril, un dernier message aux Algériens après l’annonce de sa démission, hier soir. Dans sa lettre, le président « demande pardon » au peuple algérien.

Le président démissionnaire Abdelaziz Bouteflika « demande pardon » ce mercredi 3 avril aux Algériens dans une lettre « d’adieux » publiée par l’agence officielle APS, tout en assurant avoir gouverné avec « sincérité et loyauté », au lendemain de son départ du pouvoir sous la pression de la rue.

« Je quitte la scène politique sans tristesse ni peur pour l’avenir de notre pays » et « je vous exhorte à demeurer unis, à ne jamais vous diviser », indique notamment M. Bouteflika dans cette lettre.

« Mes chères sœurs, Mes chers frères, en quittant mes fonctions, je ne puis achever mon parcours présidentiel sans vous adresser un ultime message afin de ne pas quitter la scène politique nationale sur une séparation qui me priverait de demander pardon à ceux, parmi les enfants de ma patrie, envers lesquels j’aurais, sans le vouloir, manqué à mon devoir en dépit de mon profond attachement à être au service de tous les Algériens et Algériennes, sans distinction ni exclusive », écrit l’ancien président.

À la tête de l’État pendant 20 ans, plus qu’aucun de ses prédécesseurs, M. Bouteflika se dit « fier » de sa « contribution à ce que l’Algérie ait amorcé le 21e siècle en étant dans une situation meilleure » et des « progrès notables, réalisés dans tous les domaines, en faveur du peuple algérien ».

« Le propre de l’action humaine étant qu’elle est toujours à parfaire »

« J’ai consacré ces vingt dernières années à votre service, et Dieu est témoin de ma sincérité et de ma loyauté », poursuit M. Bouteflika, évoquant ses actions « certaines satisfaisantes et d’autres moins, le propre de l’action humaine étant qu’elle est toujours à parfaire ».

« L’erreur étant humaine, je vous demande pardon pour tout manquement, par une parole ou un geste, à votre égard » et « comme toute chose a une fin, je vous fais mes adieux même s’il n’est pas facile pour moi de vous exprimer toute la sincérité de mes sentiments », ajoute le chef de l’État déchu.

Confronté à près d’un mois d’une contestation inédite, et défié ces derniers jours par l’armée, Bouteflika a finalement remis mardi soir sa démission. Dans sa lettre, il indique se « retirer désormais chez (lui) », sans autre précision.

Source: Ouest-France

Algérie : Abdelaziz Bouteflika confirme qu’il restera président après l’expiration de son mandat


Dans un message envoyé pour l’anniversaire des accords d’Evian de 1962, le chef d’Etat algérien, dont le mandat se termine le 28 avril, souhaite rester à son poste le temps d’une transition.

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika prolongera bien son quatrième mandat au-delà de son terme constitutionnel, le 28 avril. Il compter rester à son poste jusqu’à un nouveau scrutin organisé à l’issue d’un processus de révision constitutionnelle. C’est ce qu’il a confirmé, lundi 18 mars, dans un message publié par les médias d’Etat.« Que l’Algérie vive, dans un avenir proche, une transition harmonieuse et assiste à la remise de ses rênes à une nouvelle génération (…) tel est l’objectif suprême que je me suis engagé à concrétiser avant la fin de mon mandat présidentiel, à vos côtés et à votre service », déclare le chef de l’Etat.

Dans ce message, adressé à l’occasion de la fête de la Victoire (19 mars 1962) sur le colonisateur français, Abdelaziz Bouteflika assure que la « Conférence nationale » chargée de changer le « régime de gouvernance » de l’Algérie et « renouveler ses systèmes politique, économique et social » se tiendra « dans un très proche avenir ».

La révision constitutionnelle « préludera à un nouveau processus électoral qui verra l’élection d’un nouveau président », rappelle l’actuel président, confirmant qu’il entend rester au pouvoir bien après le 28 avril.

Source: France TV Info

Algérie: la mobilisation s’intensifie, Bouteflika résiste


Une marée humaine a envahi pacifiquement les rues d’Alger et des grandes villes d’Algérie en demandant, pour le troisième vendredi consécutif, au président Abdelaziz Bouteflika de renoncer à un cinquième mandat.

Difficile à chiffrer, les autorités ne donnent aucune évaluation du nombre de protestataires tandis que certains sur les réseaux sociaux évoquent « peut-être des millions », sans source vérifiée. RAMZI BOUDINA

Une marée humaine a envahi pacifiquement les rues d’Alger et des grandes villes d’Algérie en demandant, pour le troisième vendredi consécutif, au président Abdelaziz Bouteflika de renoncer à un cinquième mandat. Défiant les mises en garde sur les risques de « chaos » lancées la veille par le chef de l’Etat, hospitalisé à Genève mais qui refuse de céder, la foule a défilé en arborant de grands drapeaux algériens rouge, vert et blanc.

A Alger, la mobilisation a été très largement supérieure à celles des deux précédents vendredi, pourtant déjà impressionnantes, a constaté l’AFP. Mais elle est difficile à chiffrer, les autorités ne donnant aucune évaluation du nombre de protestataires tandis que certains sur les réseaux sociaux évoquent « peut-être des millions », sans source vérifiée. A Oran et Constantine, respectivement deuxième et troisième villes du pays, la mobilisation a été également très importante, comme dans d’autres villes du pays.

A Alger, les places et principales rues du centre sont restées noires de monde durant des heures. Les rassemblements ont coïncidé avec la célébration du 8 mars, Journée internationale pour les droits des femmes, et un grand nombre d’entre elles figuraient parmi les manifestants de tous âges qui ont défilé dans le calme, aux cris de « Pouvoir, assassin », ou « Pas de 5e mandat, eh Bouteflika! » ou « Femmes contre le 5e » « Ils ont les millions, nous sommes des millions », proclamait une pancarte brandie par une femme dans le cortège.

Tout le monde dit « non »

« Il est là le peuple, de toutes les couches sociales, des enfants aux plus vieux, tout le monde dit: +non au cinquième mandat, partez s’il vous plait, vous ne serez même pas jugés+ », confie à l’AFP Kamel, un manifestant de 37 ans. La police a fait usage dans l’après-midi de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui tentaient de forcer un cordon de police bloquant l’accès à une artère remontant vers la présidence de la République, selon une journaliste de l’AFP.

Alors que le cortège s’était dispersé calmement et que les rues se vidaient à la tombée de la nuit, des heurts ont opposé, comme les deux semaines passées à la fin de la manifestation, ces policiers à de petits groupes de jeunes. Ces heurts, selon la police, ont fait 112 blessés dans ses rangs, et 195 personnes ont été arrêtées, soupçonnés de « saccage » et de « vandalisme ».

Aucun autre incident notable n’a été signalé durant la manifestation, qui s’est déroulée dans une ambiance festive, en l’absence de policiers pourtant initialement présents en force dans le centre-ville, mais qui se sont retirés face au nombre de marcheurs.

« Du jamais vu »

A Oran, toute la ville « est sortie, c’est du jamais vu », a rapporté un journaliste, faisant état d’une mobilisation beaucoup plus importante que les deux précédents vendredis, notamment des femmes. A Constantine, aussi, « il y a une très grosse mobilisation » et « beaucoup plus de monde » que les 22 février et 1er mars, selon un journaliste sur place.

La mobilisation a également été « impressionnante » à Annaba, quatrième ville du pays et à Béjaïa, dans la région de Kabylie (nord), selon un journaliste sur place. Des sources au sein des services de sécurité ont signalé des marches « massives » à Tizi-Ouzou, autre ville de Kabylie, Tiaret et Mascara (nord-ouest). D’autres manifestations ont été également signalées à Ghardaïa (centre), M’sila (nord), Sidi bel Abbes et Tlemcen (nord-ouest), selon ces sources.

« Soyez beaux »

Aucun incident n’a été signalé en province. En plus des appels à la mobilisation, sous le hashtag « #Mouvement_du_8_Mars », avaient également circulé sur les réseaux sociaux les « 18 commandements des marcheurs du 8 mars », rappelant le mot d’ordre de manifestation « pacifique ». Parmi ces commandements écrits par le poète et écrivain Lazhari Labter: « Pacifiquement et tranquillement je marcherai », « A aucune provocation je ne répondrai », « Pas une pierre je ne jetterai, « Après la marche (…) je nettoierai ».

« Ce vendredi 8 mars 2019 doit être un jour de fête, mettez vos plus beaux habits, soyez beaux pour l’Algérie, qu’elle soit fière de ses enfants » demandait avant les manifestations une internaute, Samira Kada, sur son compte Facebook. Les Algériens ont fait peu de cas vendredi du message que leur a adressé la veille M. Bouteflika, 82 ans, hospitalisé en Suisse depuis plus de dix jours et dont le retour au pays n’a toujours pas été annoncé.

Vendredi, l’homme d’affaires controversé Rachid Nekkaz, qui voulait se présenter à l’élection présidentielle, a été arrêté par la police suisse en tentant de pénétrer dans l’hôpital genevois où est soigné M. Bouteflika. Il sera déféré au Parquet suisse pour « violation de domicile ». Le chef de l’Etat, présenté par ses partisans comme le garant de la paix dans le pays après les années de guerre civile (1992-2002), a mis en garde dans son message, sans les nommer, contre les ennemis « insidieux » qui veulent semer « le chaos ».

En creux, M. Bouteflika, très diminué par les séquelles d’un AVC dont il a été victime en 2013, réaffirme qu’il n’entend pas renoncer à briguer un 5e mandat lors de la présidentielle du 18 avril. La rue algérienne a montré vendredi qu’elle n’est pas prête à céder non plus.

Source: Challenges

Bouteflika promet, s’il est élu, une nouvelle présidentielle à laquelle il ne sera pas candidat


Dans une lettre adressée à la nation, le président sortant Abdelaziz Bouteflika a annoncé son intention d’organiser, s’il était réélu ce 18 avril 2019, une élection présidentielle anticipée à laquelle il ne participerait pas.

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika s’est engagé ce 3 mars, s’il était élu le 18 avril, à ne pas aller au bout de son mandat et à se retirer à l’issue d’une présidentielle anticipée, dont la date serait fixée à l’issue d’une «conférence nationale».

J’ai écouté et entendu le cri du cœur des manifestants et en particulier des milliers de jeunes qui m’ont interpellé sur l’avenir de notre patrie

Abdelaziz Bouteflika

Dans une lettre transmise et lue à la télévision publique algérienne, le chef d’Etat sortant déclare : «J’ai écouté et entendu le cri du cœur des manifestants et en particulier des milliers de jeunes qui m’ont interpellé sur l’avenir de notre patrie. […] J’ai le devoir et la volonté d’apaiser les cœurs et les esprits de mes compatriotes». Et d’ajouter : «Si le peuple algérien me renouvelle sa confiance […] je prends solennellement devant Dieu et devant le peuple algérien les engagements suivants : la tenue juste après l’élection présidentielle d’une conférence nationale inclusive et indépendante» ainsi que «l’organisation d’une élection présidentielle anticipée».

Le président ajoute, dans cette lettre, que cette nouvelle élection se tiendra selon le calendrier fixé «par la conférence nationale». Il précise qu’il ne se représentera pas en tant que candidat à sa propre succession lors de ce nouveau scrutin.

Le 3 mars également, selon l’agence Algérie Presse Service, la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour l’élection du 18 avril 2019 a été déposée au Conseil constitutionnel par son directeur de campagne Abdelghani Zaalane.

L’annonce présidentielle est intervenue au terme d’une journée de mobilisations importantes dans toute l’Algérie, ainsi qu’en France, contre un éventuel cinquième mandat de l’actuel chef d’Etat algérien.

Des manifestations avaient déjà eu lieu en Algérie le 1er mars pour protester contre la candidature annoncée du président.

Source: RT France

Contestation en Algérie: des milliers de personnes défilent, heurts à Alger


Plusieurs dizaines de milliers d’Algériens défilent ce vendredi dans les rues d’Alger et dans le reste du pays en chantant des slogans hostiles au pouvoir. En fin de journée, la police a tiré de nombreuses grenades lacrymogènes devant le siège du gouvernement.

Plusieurs dizaines de milliers d’Algériens défilent ce vendredi dans le centre d’Alger et dans le reste du pays, contre la perspective d’un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika et scandant des slogans hostiles au pouvoir, face à une police paraissant débordée. En fin de journée, la police algérienne a tiré de nombreuses grenades lacrymogènes pour dégager l’entrée du Palais du gouvernement, siège des bureaux du premier ministre, pour disperser les manifestants rassemblés devant le bâtiment à Alger. La foule a massivement reflué plusieurs centaines de mètres plus bas avant de se disperser en grande partie, et seule une petite centaine de manifestants faisaient face à de nombreux policiers anti-émeutes, selon une journaliste de l’AFP.

En annonçant le 10 février sa candidature à la présidentielle du 18 avril, Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999 et qui souffre des séquelles d’un accident vasculaire cérébral (AVC) depuis 2013, a mis fin à de longs mois d’incertitude mais aussi déclenché une contestation d’ampleur inédite en 20 ans et le visant directement, du jamais vu. La mobilisation, supérieure à celle de la semaine passée à Alger, est le principal enjeu de ce vendredi, alors qu’il ne reste moins de trois jours au camp présidentiel pour déposer dans les délais – jusqu’à dimanche minuit – le dossier de candidature d’Abdelaziz Bouteflika devant le Conseil constitutionnel.

«Pouvoir assassin!», «Le peuple veut la chute du régime», scande une foule impressionnante, difficile à évaluer précisément, de dizaines de milliers de manifestants brandissant des drapeaux algériens. La foule, composée d’hommes et de femmes de tous âges, n’a cessé de grossir, rejointe par des cortèges venus de divers quartiers de la capitale la Casbah, Bab el-Oued ou la Place du 1er-Mai, qui ont forcé plusieurs cordons de police, vite débordés le long du chemin. Sur les balcons des immeubles, de nombreux riverains agitaient des drapeaux algériens, verts et blancs frappés du croissant et de l’étoile rouge, en soutien aux protestataires.

Selon des sources sécuritaires, d’autres rassemblements se déroulent à Oran et Constantine, deuxième et troisième villes du pays, à Blida (35 km au sud d’Alger), Tizi-Ouzou, Béjaïa, Annaba (90, 180 et 400 km à l’est), à Bouira, Sétif, Batna (90 km, 200 km et 300 km au sud-est), à Tiaret et Sidi Bel Abbès (200 et 400 km au sud-ouest). À Oran, un des manifestants a indiqué que la mobilisation était supérieure à celle de la semaine précédente.

Appel à la retenue

La réaction des forces de l’ordre, qui ont jusqu’ici largement laissé faire, même à Alger où toute manifestation est interdite depuis 2001, devait être observée de près, alors que le camp présidentiel a fait savoir cette semaine qu’il n’entendait pas reculer face à la rue. Amnesty international a appelé jeudi soir les forces de l’ordre à «s’abstenir de recourir à une force excessive ou inutile pour disperser des manifestants pacifiques». Certains observateurs craignent que les partisans du chef de l’État n’utilisent la manière forte pour s’éviter une campagne électorale avec le double handicap d’un candidat absent physiquement – Abdelaziz Bouteflika n’apparaît plus qu’à de rares occasions et ne s’est pas adressé à la nation depuis son AVC- et contesté dans la rue.

La candidature d’Abdelaziz Bouteflika sera déposée le 3 mars, a annoncé son directeur de campagne, Abdelmalek Sellal. «Personne n’a le droit d’empêcher un citoyen algérien de se porter candidat. C’est un droit constitutionnel». Le chef de l’État est cependant hospitalisé depuis dimanche à Genève, officiellement «pour des examens médicaux périodiques» et son retour en Algérie n’a toujours pas été annoncé.

Comme d’autres membres du camp présidentiel, Ahmed Ouyahia a quant à lui, agité le spectre de la sanglante «décennie noire» de guerre civile (1992-2002) en Algérie et du chaos syrien. Les manifestants lui ont répondu aujourd’hui en scandant massivement «Ouyahia, l’Algérie c’est pas la Syrie!».

Source: Le Figaro