En Arctique, rien ne va plus : fontes des glaces record au Groenland et incendies gigantesques en Sibérie


Des feux de forêt sans précédent ravagent l’Arctique. La conséquence d’une météo défavorable. Et la cause probablement d’une accélération du réchauffement climatique. Alors même que la région est actuellement en proie à une intense canicule. De quoi accélérer encore le rythme de la fonte des glaces et élever le niveau de l’océan.

Au Groenland, la vague de chaleur fait fondre la glace à une vitesse record

Ce week-end, le Groenland devrait retrouver des températures plus fraîches. Mais le mal semble fait. Selon les estimations provisoires de l’Institut météorologique danois, en ce mois de juillet 2019, le Groenland a perdu 197 gigatonnes de glaces de surface. C’est plus que la moyenne d’une année entière depuis le début du XXIe siècle. Et pour vous faire une idée concrète, c’est l’équivalent de quelque 80 millions de piscines olympiques !

Depuis mercredi, la tendance s’accélère encore un peu plus. « Le Groenland vient de connaître les taux de fonte parmi les plus élevés de tous les temps », constate Ruth Mottram, météorologue danoise. Car même au sommet de la couche de glace, à quelque 3.200 mètres au-dessus du niveau de la mer, les températures ont été positives, ce mercredi 31 juillet, pendant plus de 10 heures.

De quoi étendre à près de 60 % de la superficie de la calotte glaciaire du Groenland touchée. Un triste record de plus ! Résultat ce mercredi seulement, plus de 10 milliards de tonnes de glace ont disparu dans l’océan et 11 milliards de plus ont fondu ce jeudi.

En Sibérie, 3 millions d’hectares de forêts partis en fumée ! Poutine réagit enfin

Alors que le gouvernement russe avait jusqu’alors choisi de laisser faire la nature et face à la levée de boucliers de la population, des associations et des climatologues, Vladimir Poutine a finalement décidé, ce mercredi 31 juillet, d’ordonner à son armée de prendre part au combat contre les énormes feux de forêt qui ravagent la Sibérie. Dix avions et dix hélicoptères bombardiers d’eau ont immédiatement été dépêchés dans l’une des régions les plus touchées.

Selon un communiqué du Kremlin, le président russe a même reçu, ce mercredi soir, un appel de Donald Trump lui offrant l’aide américaine. Une offre que le président russe se réserverait le droit d’accepter « si nécessaire ».

Le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, de son côté, vient d’ordonner à plusieurs ministères et autorités locales que des propositions concrètes en vue de la création d’un centre spécialisé pour la prévention et la lutte contre les feux de forêt lui soient remises avant la fin de ce mois d’août.

Source: Futura Sciences

Fonte rapide du Groenland : « ça fait peur » !


Aujourd’hui, des mesures satellites, des observations de terrain et quelques modèles permettent aux chercheurs de mesurer la fonte des glaces au Groenland avec une bonne précision. Et leurs résultats montrent que ces glaces fondent aujourd’hui six fois plus vite que dans les années 1980. De quoi nous donner quelques sueurs froides…

Mesurer la fonte des glaces au Groenland ou en Antarctique est un exercice relativement précis en 2019, grâce à un arsenal de satellites, de stations météo et de modèles climatiques sophistiqués. Les scientifiques savaient déjà le faire assez bien pour les années 1990 et 2000. Mais les estimations des décennies précédentes étaient jusqu’à présent peu fiables.

Dans une nouvelle étude parue, des chercheurs ont recalculé la perte de glaces depuis 1972, date de la mise en orbite des premiers satellites Landsat ayant photographié régulièrement le Groenland. « Il vaut mieux s’asseoir sur sa chaise avant de regarder les résultats, parce que ça fait un petit peu peur de voir à quelle vitesse ça change », déclare à l’AFP le glaciologue français Eric Rignot, de l’Université de Californie à Irvine (États-Unis), coauteur de l’étude avec des collègues en Californie, à Grenoble (France), Utrecht (Pays-Bas) et Copenhague (Danemark). « C’est aussi quelque chose qui affecte les quatre coins du Groenland, pas juste les parties plus chaudes au Sud. »

Pour mesurer la fonte glaciaire, les glaciologues disposent de trois méthodes. La première consiste tout simplement à mesurer l’altitude — et ses variations — grâce à un laser embarqué à bord d’un satellite. Si un glacier fond, le satellite voit son altitude baisser. Une seconde technique repose, depuis 2002 grâce à des satellites de la Nasa, sur la mesure des variations de gravité terrestre. Car les montagnes ne bougeant (presque) pas, ce sont les mouvements et transformations de l’eau qui expliquent ces variations.

Les travaux de l’équipe internationale de glaciologues se résument ainsi : au Groenland, la fonte glaciaire observée depuis huit ans est équivalente à celle des quatre dernières décennies. © Thomas_Ritter, Pixabay License

Des modèles pour remonter le temps

Enfin, les scientifiques ont développé des modèles dits de bilan de masse. Ceux-ci comparent ce qui s’accumule sur le Groenland (pluie, neige) à ce qui en sort (rivières de glace) afin d’établir ce qui reste. « Ces modèles, confirmés avec des mesures de terrain, sont devenus très fiables depuis le milieu des années 2000 », explique Eric Rignot — de l’ordre de 5 à 7 % de marge d’erreur, contre 100 % il y a quelques décennies.

L’équipe a utilisé ces modèles pour « remonter dans le temps » et reconstruire en détail où en était la glace du Groenland dans les années 1970 et 1980. Le peu de données dont disposaient les chercheurs pour cette période (photos satellites de moyenne résolution, photos aériennes, carottages de neige et autres observations de terrain) a permis d’affiner le modèle.

La glace fond six fois plus vite

Le résultat est que dans les années 1970, le Groenland a gagné 47 gigatonnes de glace par an en moyenne (Gt/an), avant d’en perdre un volume équivalent dans les années 1980. La fonte continue à ce rythme dans les années 1990, avant une accélération forte à partir des années 2000 (187 Gt/an), et surtout depuis 2010 (286 Gt/an). La glace fond donc six fois plus vite aujourd’hui que dans les années 1980, estiment les chercheurs. Les glaciers du Groenland, rien qu’à eux, auraient contribué à faire monter le niveau des océans de 13,7 millimètres depuis 1972.

Source: Futura Sciences